Les ions, ou électrolytes : de quoi parle-t-on?
Sur une requête québécoise, on coche souvent simplement « ions » ou « électrolytes ». Derrière ce mot, le laboratoire dose les sels dissous dans le sang : le sodium, le potassium et le chlorure, souvent accompagnés des bicarbonates, inscrits « CO2 total » sur certaines feuilles de résultats. En France, on appelle le même examen un ionogramme. Ces sels règlent les nerfs, les muscles et la répartition de l’eau dans le corps.
Ce sont les reins qui tiennent cet équilibre au quotidien. C’est pourquoi les ions voyagent presque toujours avec la créatinine, souvent avec la glycémie, parfois avec le calcium. Si votre feuille compte trois lignes et celle de votre voisin dix, rien n’a été oublié : la requête n’était pas la même.
- SodiumIl dit surtout combien d’eau vous portez par rapport au sel déjà présent. Bas, c’est le plus souvent un excès d’eau, pas un manque de sel.
- PotassiumIl compte pour le cœur et les muscles. C’est aussi la ligne que le prélèvement fausse le plus facilement.
- ChlorureIl suit en général le sodium, et se lit avec lui et avec les bicarbonates.
- Bicarbonates (CO2 total)Ils reflètent l’équilibre entre acides et bases du sang, que les reins et la respiration corrigent.
Pourquoi vérifier les électrolytes?
Pour trois raisons le plus souvent. D’abord un contrôle de routine de l’équilibre en eau et en sels, quand votre médecin de famille ou votre IPS fait le point. Ensuite la recherche d’une cause derrière une fatigue, des nausées, des crampes, une confusion ou de l’enflure, ou après des vomissements et une diarrhée qui ont pu vider l’organisme. Enfin la surveillance d’un traitement connu pour déplacer ces lignes, au premier rang desquels les diurétiques.
Dans tous les cas, ces lignes se lisent en groupe. La créatinine se lit à côté des ions. Le calcium, quand il est demandé, se lit face à l’albumine : une bonne part du calcium sanguin y est liée, et une albumine basse le tire vers le bas sans que votre calcium ait quoi que ce soit.
Le potassium, la ligne la plus souvent faussée
Le potassium est beaucoup plus concentré à l’intérieur des globules rouges que dans le plasma qui les entoure. Qu’une partie de ces cellules éclate entre votre bras et l’appareil d’analyse, et le potassium du tube monte sans que rien ne vous soit arrivé. C’est ce qu’on appelle l’hémolyse. Une étude de vérification portant sur 26 paramètres a montré qu’elle en fausse 17 : elle tire vers le haut le potassium, l’AST, la LDH, la bilirubine ou le fer, et vers le bas la glycémie ou l’ALT.
Le phénomène n’a rien de rare. Dans deux urgences hospitalières ontariennes, de 6 à 10 % des tubes envoyés pour un potassium ou une hémoglobine étaient hémolysés, selon le mode de transport. Les causes sont mécaniques et banales : un garrot laissé trop longtemps, une ponction avant que l’alcool n’ait séché, une aiguille mal choisie. L’aide-mémoire d’un laboratoire du réseau public québécois demande de relâcher le garrot au bout d’une minute au plus, dès que le sang coule normalement; la recommandation européenne sur le prélèvement veineux demande aussi d’éviter de pomper avec le poing.
Un potassium légèrement signalé sur une prise de sang par ailleurs banale a donc une première explication ennuyeuse. La suite habituelle est un nouveau prélèvement, pas un traitement.
Un sodium bas, c’est souvent un médicament
On parle d’hyponatrémie quand le sodium descend sous 135 mmol/L, et c’est le trouble des sels le plus fréquent en pratique médicale, selon la recommandation européenne sur le sujet. De combien il descend compte beaucoup : un sodium à 133 mmol/L et un sodium à 122 mmol/L portent le même signalement et ne racontent pas la même histoire.
Chez les personnes traitées pour la pression, l’explication figure souvent sur leur propre liste de médicaments. Une cohorte de 2 613 adultes débutant un traitement contre l’hypertension a montré que parmi ceux qui poursuivaient un diurétique thiazidique, près de trois sur dix voyaient leur sodium descendre à 130 mmol/L ou en dessous. En Ontario, une étude de près de 30 000 personnes de 66 ans et plus a montré que la chlorthalidone exposait davantage que l’hydrochlorothiazide à une hospitalisation pour un sodium ou un potassium trop bas.
Ce n’est pas une raison d’arrêter le comprimé. C’est une raison de lire ce chiffre à côté de la liste de vos médicaments, et de laisser le médecin qui les a prescrits décider de la suite.
Quel lien entre la créatinine et les ions?
Ce sont les reins qui règlent la concentration des sels : regarder la créatinine en même temps que les ions, c’est vérifier l’organe qui tient l’équilibre.
Le débit de filtration glomérulaire estimé, le DFGe, imprimé sous la créatinine n’a jamais été mesuré : il est calculé à partir de la créatinine, de l’âge et du sexe, en mL/min/1,73 m². Un groupe de travail de néphrologues américains a recommandé en 2021 une version de l’équation CKD-EPI sans variable ethnique, et un recours plus fréquent à la cystatine C pour confirmer l’estimation. Au Québec, Optilab Montréal-CUSM applique cette équation de 2021 depuis le 7 août 2024, avec des écarts jugés minimes par rapport à l’ancienne formule.
Conséquence pratique : un DFGe figurant sur d’anciens résultats n’est pas forcément calculé de la même façon qu’un DFGe récent, et une valeur isolée sous un seuil appelle un contrôle, pas une conclusion.
Que faire d’une valeur signalée
Les intervalles de référence imprimés dépendent de l’appareil, de la méthode et de la population du laboratoire. Comparez votre valeur à l’intervalle inscrit à côté d’elle sur votre feuille de résultats, pas à une table trouvée ailleurs, qui peut faire paraître anormal un résultat qui ne l’est pas.
Ces lignes bougent avec vos médicaments, ce que vous avez bu et la façon dont le tube a été prélevé. Montrez le résultat à votre médecin ou à votre IPS avec la liste de vos médicaments; on vous dira s’il faut un contrôle. Un sodium ou un potassium très éloigné de l’intervalle, ou un appel du laboratoire, justifie en revanche de joindre un professionnel le jour même, ou Info-Santé 811 si vous n’arrivez pas à le joindre.
