Bilan hépatique : quelles enzymes du foie sont mesurées?

Au Québec, un bilan hépatique réunit en général l’ALT et l’AST (les transaminases), la GGT, la phosphatase alcaline et la bilirubine, parfois l’albumine et le temps de prothrombine, rapporté sous forme de RIN.

Les enzymes vivent dans les cellules du foie ou le long des canaux qui évacuent la bile. Quand les cellules sont irritées, une partie de l’enzyme passe dans le sang et le chiffre monte. C’est un signal d’irritation, pas une note sur la qualité du travail de l’organe.

Les lignes qui décrivent vraiment la fonction sont ailleurs : l’albumine, une protéine que le foie fabrique, et le temps de prothrombine, qui dépend des facteurs de coagulation produits par le foie. On peut donc avoir une ALT un peu élevée avec un foie qui fonctionne parfaitement, sans que vos résultats de laboratoire se contredisent.

  1. ALT et ASTLes transaminases, libérées quand les cellules du foie souffrent. L’AST se trouve aussi dans les muscles.
  2. GGTUne enzyme du foie qui agit comme un capteur de pollution dans une usine : elle réagit à beaucoup de choses, dont plusieurs médicaments.
  3. Phosphatase alcalineDes enzymes des voies biliaires et des os, comme des ouvriers d’entretien répartis sur deux chantiers.
  4. BilirubineUn pigment jaune issu de la dégradation des globules rouges, comme la rouille sur un métal usé.

Deux profils : les cellules du foie ou les voies biliaires

Les recommandations de la société américaine de gastroentérologie distinguent deux grands profils. Quand l’ALT et l’AST montent nettement plus que la phosphatase alcaline, l’atteinte touche plutôt les cellules du foie. Quand c’est la phosphatase alcaline qui domine, souvent avec la GGT, l’attention se déplace vers les voies biliaires.

La phosphatase alcaline vient aussi des os : elle est normalement plus élevée chez les enfants et les adolescents en pleine croissance. La GGT, propre au foie, sert justement à trancher : si elle monte avec la phosphatase alcaline, l’origine est probablement hépatique.

Une hausse de la bilirubine dite directe oriente vers le foie ou un obstacle sur les voies biliaires. Une hausse de la forme indirecte vient le plus souvent d’une cause bénigne, comme le syndrome de Gilbert, ou de globules rouges détruits plus vite que d’habitude. C’est pourquoi la bilirubine se lit aussi à côté de la formule sanguine complète.

Les mêmes recommandations américaines estiment qu’une ALT vraiment normale se situe autour de 29 à 33 U/L chez l’homme et de 19 à 25 U/L chez la femme. Le plafond imprimé par votre laboratoire peut être plus haut : regardez de combien la valeur dépasse, et parlez-en.

Pourquoi la GGT est la ligne la plus mal lue

La GGT a une réputation de test d’alcool. Elle n’en est pas un. Une revue des marqueurs de consommation est claire : les enzymes du foie manquent de spécificité vis-à-vis de l’alcool, et d’autres examens sont nécessaires pour écarter les causes concurrentes.

Le surpoids est devenu une cause fréquente d’enzymes élevées, et la même revue note que l’ALT et la GGT suivent aussi la résistance à l’insuline. Plusieurs médicaments font monter la GGT à eux seuls, comme certains anticonvulsivants ou la warfarine, de même que des produits de santé naturels. Un marqueur spécialisé, la transferrine déficiente en carbohydrates, suit d’ailleurs l’alcool sans dépendre de l’état du foie.

Une GGT élevée signifie donc que quelque chose fait travailler votre foie. L’alcool est une hypothèse; le poids, un médicament, un obstacle biliaire et la stéatose en sont d’autres.

Quelles sont les causes possibles d’un bilan hépatique perturbé?

La plus fréquente est aussi la plus silencieuse : la stéatose, un foie qui stocke trop de graisse. Selon la Fondation canadienne du foie, elle touche au moins 25 % des adultes au Canada, soit environ 8 millions de personnes, souvent sans aucun symptôme au début. À l’échelle mondiale, une revue de 92 études arrive à environ 30 % des adultes.

Viennent ensuite l’alcool, les médicaments, y compris ceux achetés sans ordonnance, les produits de santé naturels et les suppléments, et les hépatites virales. Au Canada, l’Association canadienne pour l’étude du foie recommande de dépister une fois l’hépatite C chez toutes les personnes nées entre 1945 et 1975, un groupe dont jusqu’à 70 % n’auraient jamais été testées. Des causes plus rares, héréditaires ou auto-immunes, se cherchent dans un second temps.

Et une cause sans maladie du tout : l’effort. Chez des hommes en bonne santé, une seule heure de musculation intense a suffi à faire monter nettement l’ALT et l’AST, qui sont restées élevées au moins sept jours, sans toucher à la GGT, à la phosphatase alcaline ni à la bilirubine.

25 %
Adultes canadiens touchés, au minimum, par une stéatose du foie, selon la Fondation canadienne du foie.[7]
1 h
De musculation intense : assez pour élever l’ALT et l’AST pendant au moins une semaine.[9]

Faut-il être à jeun pour un bilan hépatique?

Ce n’est pas toujours exigé, mais c’est souvent demandé. D’abord parce que le bilan hépatique voyage souvent avec une glycémie ou un bilan lipidique sur la même requête. Ensuite parce qu’un repas peut faire monter modérément certains tests du foie : un repas gras, par exemple, ajoute dans le sang une phosphatase alcaline d’origine intestinale. Les spécialistes européens de la phase avant l’analyse recommandent pour cela de standardiser les conditions de prélèvement.

Le jeûne a aussi un effet inverse à connaître : chez les personnes qui ont un syndrome de Gilbert, une condition bénigne qui touche 3 à 7 % de la population, sauter des repas fait monter la bilirubine. Suivez donc la consigne inscrite sur votre requête ou donnée par le centre de prélèvement, évitez l’entraînement intense dans les jours qui précèdent, et signalez les médicaments et suppléments que vous prenez.

Comment savoir si on a un problème au foie?

Les élévations légères sont fréquentes et souvent passagères. Quand l’ALT ou l’AST dépasse la limite de moins de deux fois, un simple contrôle peut suffire : ces hausses se résorbent dans environ un cas sur trois. Entre-temps, on écarte l’alcool, un effort intense ou un médicament récent.

Ce qui compte, c’est le profil et l’évolution : quelles enzymes ont monté, dans quelle proportion, et si la même image persiste sur le second prélèvement. Quand une stéatose est soupçonnée, les radiologistes canadiens recommandent d’évaluer d’abord le risque de cicatrices du foie par un score calculé à partir de résultats sanguins, le FIB-4, puis par une imagerie si le score l’indique.

En revanche, une peau ou des yeux qui jaunissent, des urines foncées, des selles décolorées ou une douleur sous les côtes à droite justifient de consulter rapidement, sans attendre le contrôle.