Le débit de filtration glomérulaire, en clair

Le débit de filtration glomérulaire, ou DFG, est la quantité de plasma que vos reins filtrent chaque minute. Sur vos résultats de laboratoire, il apparaît sous le nom de DFGe, le « e » voulant dire estimé : il n’est pas mesuré, mais calculé à partir de la créatinine, un déchet des muscles que les reins éliminent. Aucun de ces chiffres, pris un seul jour, ne suffit à poser un diagnostic.

La Fondation canadienne du rein recommande aux personnes à risque (diabète, hypertension, antécédents familiaux) de demander deux examens simples : une prise de sang pour le DFGe et une analyse d’urine, le rapport albumine/créatinine, ou RAC. Ce second test montre si le filtre du rein laisse passer de l’albumine qu’il devrait retenir, parfois bien avant que le DFGe ne baisse.

La créatinine mesure vos muscles autant que vos reins

Au Québec, la créatinine est exprimée en µmol/L. Sa quantité dans le sang dépend de deux choses : la capacité des reins à l’éliminer, et la masse musculaire qui la produit, à quoi s’ajoute l’alimentation. C’est la principale limite de ce marqueur.

Cette seconde moitié explique des résultats en apparence contradictoires. Un homme jeune et très musclé et une femme âgée et menue, à reins identiques, n’auront pas la même créatinine. Celle d’une même personne se déplace après une période d’entraînement intense, un repas très riche en viande, ou au contraire après une fonte musculaire.

C’est aussi pourquoi les intervalles diffèrent selon le sexe, et pourquoi une créatinine en haut de son intervalle chez quelqu’un de peu musclé mérite plus d’attention que le même chiffre chez quelqu’un de très musclé.

Le DFGe est un calcul, pas une mesure

Le DFGe imprimé sous la créatinine est calculé à partir de la créatinine, de l’âge et du sexe, au moyen d’une équation, et rapporté à une surface corporelle standard de 1,73 m² plutôt qu’à la vôtre, d’où l’unité mL/min/1,73 m². L’équation de référence, CKD-EPI, a été refaite en 2021 sans variable ethnique. Au Québec, Optilab Montréal-CUSM l’applique depuis le 7 août 2024; les écarts avec l’ancienne formule sont minimes pour la plupart des gens.

Deux valeurs issues de laboratoires ou d’équations différentes ne sont donc pas directement comparables : une marche dans votre courbe au moment où vous changez de laboratoire appartient à la méthode, pas à vos reins.

Quand le doute persiste, un second marqueur existe : la cystatine C, moins sensible aux muscles et à l’alimentation. L’étude qui a produit l’équation de 2021 a montré qu’une estimation combinant créatinine et cystatine C était plus juste qu’une estimation fondée sur la créatinine seule, et les recommandations internationales de 2024 lui donnent une place plus grande encore.

Quel taux de DFG est inquiétant?

Le repère le plus utilisé est un DFGe sous 60 mL/min/1,73 m², ou un rapport albumine/créatinine urinaire d’au moins 3 mg/mmol. Mais la définition d’une maladie rénale chronique exige que l’anomalie persiste plus de trois mois. Un DFGe abaissé une seule fois est un constat, pas un diagnostic.

La déshydratation, une maladie récente, un effort intense et plusieurs médicaments, dont les anti-inflammatoires, l’abaissent temporairement. Sous 30, et surtout sous 15, la baisse est importante et le suivi se fait de près, souvent avec un néphrologue.

L’enjeu est réel pour autant. Selon l’Enquête canadienne sur les mesures de la santé, environ 12,5 % des adultes canadiens, soit près de 3 millions de personnes, avaient une maladie rénale chronique, et seulement 12 % de ceux qui en étaient au stade 3 ou au-delà le savaient. C’est précisément pourquoi un DFGe bas confirmé, ou une albumine urinaire élevée, se suivent sérieusement.

< 60
DFGe, en mL/min/1,73 m², sous lequel on parle de baisse de la filtration si elle dure plus de trois mois.[3]
3 mg/mmol
Rapport albumine/créatinine urinaire à partir duquel on parle d’albuminurie.[3]

Que faire si mon DFG est légèrement diminué?

Le DFG baisse lentement avec l’âge, et chaque intervalle laisse dehors une petite part de personnes en bonne santé. Un DFGe entre 60 et 89, sans albumine dans l’urine ni autre signe d’atteinte rénale, ne suffit pas à parler de maladie rénale chronique selon les recommandations internationales. Il n’existe pas de seuil propre à 70 ans : le repère de 60 vaut à tout âge, mais un DFGe à 85 chez une personne de soixante-dix ans ne pose pas la même question que le même chiffre à vingt-cinq ans.

La suite habituelle tient en trois gestes : refaire le DFGe après quelques semaines ou mois, ajouter le RAC si ce n’est pas fait, et passer en revue avec votre médecin les médicaments qui pèsent sur les reins.

L’urée, et le reste de la prise de sang

L’urée monte avec la déshydratation et avec une alimentation riche en protéines, pas seulement avec une baisse de la fonction rénale. Elle se lit à côté de la créatinine plutôt que seule : c’est le couple urée et créatinine qui raconte quelque chose.

Les électrolytes demandés en même temps, sodium, potassium, chlorure et bicarbonates, décrivent l’équilibre que les reins entretiennent. Ils se lisent en groupe, comme le reste des ions.

Que faire d’un résultat signalé

Arrivez bien hydraté au prélèvement, et signalez les anti-inflammatoires ou les produits naturels pris dans les jours précédents. Le jeûne compte moins que l’eau, sauf si une glycémie ou un bilan lipidique figure sur la même requête.

Devant un DFGe ou une créatinine signalés, la suite habituelle est un contrôle, souvent avec une analyse d’urine. Gardez vos anciens résultats, que vous pouvez retrouver dans le Carnet santé Québec, et montrez-les à votre médecin : c’est la courbe, pas le point, qui renseigne. Un DFGe qui chute franchement d’une prise de sang à l’autre, ou un potassium très élevé, justifient en revanche de le joindre rapidement.