Dossier 1 · avant le prélèvement
Quoi faire avant une prise de sang : ce qui fausse le résultat
Jeûne, eau, café, alcool, tabac, vapotage et médicaments ne pèsent pas pareil avant une prise de sang : ce qui change vraiment un résultat, analyse par analyse, et ce que demandent les centres de prélèvement au Québec.
Les chiffres clés
- 8 h ou 12 h
- les deux durées de jeûne des centres de prélèvement publics québécois, eau et médicaments permis[10]
- 2016
- l’année où la Société canadienne de cardiologie a accepté le bilan lipidique non à jeun[2]
- 39 %
- des patients savaient définir correctement le jeûne à leur arrivée au laboratoire[4]
- 9 sur 23
- dosages à base de biotine faussés par un supplément de 10 mg par jour[9]
Ce que la préparation change réellement
Peu de choses, et c’est le constat utile. Un repas déplace le glucose et les triglycérides pendant quelques heures. Le café agit sur les deux mêmes. Un supplément de fer fausse un fer sérique. Presque tout le reste d’un bilan courant est indifférent à ce que vous avez fait le matin.
Les pages de ce dossier prennent une variable chacune et disent ce qu’elle déplace, de combien et pour combien de temps. Là où la preuve a changé, elles le disent : au Canada, le bilan lipidique n’exige plus le jeûne par défaut depuis 2016, et c’est le plus grand changement du domaine depuis dix ans.
Le jeûne : une liste plus courte qu’on ne le dit
Au Québec, les centres de prélèvement publics parlent de deux durées : à jeun 8 heures ou à jeun 12 heures, avec de l’eau plate et vos médicaments habituels. Les 8 heures protègent avant tout une analyse : la glycémie à jeun, que Diabète Canada définit par l’absence de tout apport calorique depuis au moins 8 heures. Une formule sanguine complète, une TSH, un bilan hépatique ou rénal, une HbA1c n’en ont pas besoin.
Les 12 heures visent une courte liste : dans le répertoire des laboratoires OPTILAB du Bas-Saint-Laurent, on y trouve par exemple les triglycérides à jeun ou un bilan lipidique demandé expressément « à jeun ». Car le bilan lipidique a changé de colonne en 2016 : la Société canadienne de cardiologie accepte le bilan non à jeun, et le consensus européen de la même année le recommande par défaut. Après un repas ordinaire, les triglycérides augmentent d’environ 0,3 mmol/L au plus et le LDL baisse d’environ 0,2 mmol/L, le HDL ne bouge pas, et les valeurs sans jeûne prédisent le risque cardiovasculaire aussi bien.
Ce que veut dire être à jeun, et ce qui le rompt
La plupart des gens ne l’ont jamais appris. Interrogées à leur arrivée au laboratoire, 150 personnes ont été questionnées sur leur préparation : 39 % seulement savaient définir correctement le jeûne, 46 % pensaient que le délai depuis le dernier repas n’avait pas d’importance, et plus de la moitié n’avaient reçu aucune consigne.
L’eau est permise pendant tout le jeûne, y compris le matin du prélèvement. Le café noir est l’erreur la plus fréquente (voir café avant une prise de sang à jeun). Dans un essai croisé, des volontaires en bonne santé ayant bu un café caféiné avant un repas ont montré une réponse glycémique de 147 % à 216 % plus forte qu’avec un café décaféiné.
Alcool, tabac et médicaments laissent leurs propres traces
L’alcool agit sur deux horloges. Une soirée déplace les triglycérides et certaines valeurs du foie pendant un ou deux jours; une consommation régulière modifie les gamma-GT et la taille moyenne des globules rouges sur des semaines ou des mois, ce qu’une soirée sans alcool avant le prélèvement n’efface pas. Aucune de ces lignes n’est un test d’alcool : une revue des marqueurs de consommation souligne que les enzymes du foie manquent de spécificité.
Les fumeurs réguliers ont des globules blancs, une hémoglobine et un hématocrite plus élevés que les non-fumeurs, d’autant plus qu’ils fument davantage : des globules blancs signalés chez un fumeur sont souvent un chiffre exact, pas le signe d’une infection. Pour les médicaments, prenez votre traitement habituel sauf consigne contraire du prescripteur. La lévothyroxine se prend en général après le prélèvement, et la biotine à forte dose, vendue dans de nombreux suppléments, a faussé 9 des 23 dosages à base de biotine testés chez des volontaires qui en prenaient 10 mg par jour pendant une semaine.
Par où commencer
Si l’on vous a demandé d’être à jeun et que vous voulez savoir si cela concerne vos analyses, commencez par le pilier. Si votre question est plus précise, allez-y directement : l’eau, le café, l’alcool, le tabac et le vapotage, ou les médicaments. Et si votre requête ne mentionne pas le jeûne, la page sur les analyses qui s’en passent vous dira pourquoi.
Les articles du dossier
Après la prise de sang
Vos résultats de laboratoire, expliqués valeur après valeur
Téléversez votre feuille de résultats : en quelques minutes, le rapport complet trie chaque marqueur selon ce qui mérite attention, face aux intervalles imprimés par votre propre laboratoire, explique chacun d’eux, puis propose un plan d’action et des questions à poser à votre médecin.
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Sources
Recommandations, textes de consensus et études relues par les pairs. Chaque chiffre de cette page vient de l’une d’elles. Aucune prépublication n’est citée.
- Consensus
- Recommandation
- Consigne de laboratoire
Liste des analyses nécessitant un état de jeûne (formulaire F-B-2, version 10)
- Étude observationnelle
Are patients well informed about the fasting requirements for laboratory blood testing?
- Essai randomisé
- Revue
- Étude transversale
Effect of Cigarette Smoking on Haematological Parameters in Healthy Population
- Étude transversale
Effect of intensity of cigarette smoking on haematological and lipid parameters
- Essai clinique
Association of Biotin Ingestion With Performance of Hormone and Nonhormone Assays in Healthy Adults
- Consigne de l’établissement
- Recommandation