Noir et sans sucre, il sort quand même du jeûne
Pour une prise de sang à jeun, le café est exclu, même noir. Les consignes québécoises ne laissent passer que l’eau pendant le jeûne, et une pharmacienne canadienne le résume sans nuance : boire du café, même noir, est interdit et peut fausser les résultats. La proposition européenne qui définit le jeûne demande elle aussi de ne pas boire de boisson caféinée le matin du prélèvement.
L’intuition contraire est raisonnable : pas de sucre, pas de lait, presque pas de calories. Mais la règle ne vise pas les calories. Elle vise la caféine, qui agit sur la façon dont le corps gère le sucre, et c’est précisément ce que la glycémie à jeun cherche à observer. Certaines analyses plus rares sont encore plus sensibles : à l’Hôpital Pierre-Boucher, la mesure des catécholamines demande 4 heures sans café, thé ni nicotine.
Les consignes ne sont pas pour autant identiques partout. Dans les pays nordiques, les laboratoires demandaient en général de s’abstenir de café et de thé le matin, mais les durées et les tolérances variaient. Si votre centre autorise par écrit un café léger sans sucre, c’est sa règle qui s’applique; sinon, l’eau seule.
Le café a-t-il un effet sur la glycémie à jeun?
Oui, à forte dose et surtout sur la manière dont le sucre est géré après un repas. Dans un essai croisé, dix hommes en bonne santé ont bu soit du café caféiné, à une dose correspondant à plusieurs tasses, soit du décaféiné, une heure avant un repas. Avec la caféine, la montée de la glycémie a été de 147 % à 216 % plus forte, et la sensibilité à l’insuline a baissé jusqu’à 40 %.
Un autre essai a donné du café ou de l’eau trente minutes avant une boisson sucrée standardisée. La glycémie globale n’a pas différé, mais avec le café, l’organisme a dû produire davantage d’insuline pour la même quantité de sucre.
Ces essais portent sur la réponse à un repas ou à une charge en sucre, pas sur une glycémie à jeun isolée. Ils expliquent pourquoi les laboratoires écartent la caféine des analyses qui explorent le sucre : elle modifie justement le mécanisme que ces analyses cherchent à mesurer.
Et un petit expresso, ça change quoi?
Moins qu’on ne le croit, d’après l’étude la plus proche de la vraie vie. Vingt-sept volontaires à jeun ont été prélevés, ont bu un expresso sans sucre contenant 60 mg de caféine, puis ont été prélevés de nouveau une heure plus tard. Aucune des analyses courantes de la formule sanguine ni de la biochimie n’a varié au-delà de l’écart habituel entre deux prises de sang chez une même personne.
La glycémie est passée de 4,8 à 4,7 mmol/L en médiane, et les gamma-GT sont restées à 18 U/L. Les auteurs rappellent pourtant que d’autres travaux ont vu la glycémie à jeun monter de près de 12 % en une heure après un grand café au lait.
Deux limites empêchent d’en faire un feu vert. L’étude est petite et menée chez des personnes en bonne santé. Et une tasse n’est pas l’autre : la caféine variait de 51 à 322 mg par tasse selon la marque dans les travaux cités par les auteurs, et Santé Canada compte environ 135 mg pour une tasse de 237 mL de café infusé, soit plus du double de l’expresso de l’étude. Une règle de laboratoire doit valoir pour tout le monde, d’où l’eau seule.
Quelles analyses il perturbe, et lesquelles non
La glycémie à jeun et les analyses qui explorent le sucre sont les cas qui comptent. Ce sont elles pour lesquelles le jeûne existe, et ce sont elles que la caféine peut déplacer.
Pour le bilan lipidique, la situation canadienne est plus simple qu’en Europe : depuis 2016, la Société canadienne de cardiologie accepte le bilan non à jeun, et le consensus européen de la même année le privilégie, parce que les écarts après un repas ordinaire sont faibles. Le café n’est donc un problème que si votre requête demande un bilan « à jeun », auquel cas les laboratoires OPTILAB comptent 12 heures sans rien d’autre que de l’eau.
Pour la plupart des autres analyses courantes, un café change peu de chose, comme l’a montré l’étude sur l’expresso. Mais lorsque la requête porte la mention « à jeun », elle vaut pour tout le prélèvement : la recommandation européenne de prélèvement veineux réserve le prélèvement non à jeun aux urgences et aux analyses dont on sait qu’elles n’ont pas besoin du jeûne.
Thé, décaféiné, café au lait : même règle?
Oui. Le thé contient lui aussi de la caféine, de 30 à 50 mg par tasse selon Santé Canada, comme les boissons de type cola, et la proposition européenne les range dans la même catégorie que le café. Le décaféiné n’est pas une échappatoire : dans l’essai cité plus haut, il servait de point de comparaison, et il reste une boisson qui n’est pas de l’eau.
Le café au lait, le latte ou le café sucré sortent encore plus clairement du jeûne, puisqu’ils apportent du sucre et des graisses en plus de la caféine.
- EauPermise pendant tout le jeûne, y compris le matin du prélèvement.
- Café noirExclu le matin, sauf autorisation écrite de votre centre.
- Décaféiné, thé, tisaneMême règle que le café : ce n’est pas de l’eau.
- Café au lait, latte ou sucréHors jeûne dans tous les cas : sucre et graisses en plus.
J’ai bu un café par erreur : que faire?
Dites-le avant le prélèvement. Selon les analyses demandées et ce que vous avez bu, on vous proposera de revenir un autre matin, on prélèvera seulement ce qui ne demande pas de jeûne, ou on prélèvera tout en le notant.
Pour une glycémie à jeun, surtout après un café sucré ou au lait, revenir est souvent la meilleure option, car le résultat ne pourrait plus être lu comme une glycémie à jeun. Pour le reste, la décision appartient au personnel du laboratoire, qui connaît les analyses demandées. Le plus simple reste de prendre un rendez-vous tôt le matin : le café arrive plus vite.
