La règle de sécurité d’abord
Prenez vos médicaments avant une prise de sang comme d’habitude, sauf indication contraire du professionnel qui les a prescrits. C’est ce que disent les consignes du réseau public : à jeun 8 ou 12 heures, « eau et médicaments permis » dans le Bas-Saint-Laurent, et « prenez vos médicaments habituels, sauf indication contraire de votre professionnel de la santé » à Québec. Avalé avec un verre d’eau, un comprimé ne rompt pas le jeûne : l’eau reste permise jusqu’au prélèvement.
N’arrêtez rien pour embellir un chiffre. Interrompre un anticoagulant, un antihypertenseur, un antiépileptique ou un traitement thyroïdien fait courir un risque réel, alors que le chiffre ne faisait courir qu’un inconvénient. Si un traitement doit être décalé, c’est la personne qui l’a prescrit qui le dit, en précisant de combien.
Une situation mérite une question à part : si vous êtes traité pour un diabète et que l’on vous demande d’être à jeun, demandez à votre médecin comment organiser vos prises ce matin-là. Ne décidez pas seul de sauter ou de garder une dose.
Diabète : l’insuline et les antidiabétiques après le prélèvement
C’est l’exception la plus fréquente. Diabète Québec recommande de ne pas prendre l’insuline à action rapide ou courte, ni la médication antidiabétique, avant une prise de sang à jeun, pour deux raisons : à jeun, ce traitement peut faire baisser la glycémie jusqu’à l’hypoglycémie, et le résultat serait plus difficile à interpréter.
La marche à suivre proposée est simple : prendre rendez-vous le plus tôt possible le matin, puis, une fois la prise de sang terminée, vérifier sa glycémie, prendre son injection ou ses comprimés et déjeuner tout de suite. Les autres traitements, eux, se prennent comme d’habitude, sauf avis contraire. En cas de doute, votre pharmacien peut vous dire ce qui s’applique à vos médicaments.
Les quelques-uns qu’on décale, sans les arrêter
Certains traitements se prennent après le prélèvement plutôt qu’avant, pour que l’échantillon montre votre niveau habituel et non le pic qui suit la prise. Une revue de 2025 sur l’heure des traitements hormonaux le recommande pour les hormones thyroïdiennes : prélèvement le matin, puis comprimé juste après.
La même logique vaut quand on mesure le taux d’un médicament dans le sang. Dans le Bas-Saint-Laurent, la consigne est de prendre rendez-vous vers l’heure à laquelle vous prenez habituellement le médicament, et de l’avaler après la prise de sang, sauf avis contraire du prescripteur. La revue de 2025 applique aussi cette logique à l’hydrocortisone, lorsqu’on veut mesurer le cortisol à son point le plus bas.
Rien de tout cela n’est une interruption. La dose est prise, simplement un peu plus tard dans la matinée. Si votre requête ne dit rien et que vous prenez un traitement hormonal, posez la question en prenant rendez-vous.
Quel médicament ne pas prendre avant une prise de sang?
Il faut distinguer deux choses. Certains médicaments changent réellement une valeur dans votre corps : c’est leur effet, pas une erreur. Une revue sur les bilans thyroïdiens cite ainsi l’amiodarone, un médicament du rythme cardiaque, le lithium, les corticostéroïdes ou certains traitements du cancer, qui modifient le fonctionnement de la thyroïde ou de son hormone de commande. Ceux-là ne s’arrêtent pas : le médecin en tient compte.
D’autres ne changent rien à votre organisme mais trompent la mesure elle-même. C’est le cas de la biotine à forte dose, qui interfère avec la méthode employée par de nombreux appareils de laboratoire. Le résultat est alors faux, alors que votre thyroïde, par exemple, va très bien.
Dans les deux cas, le réflexe est le même : signaler ce que vous prenez. Le personnel du laboratoire et le médecin savent quelles analyses sont sensibles à quels traitements; encore faut-il qu’ils sachent ce que vous avalez.
La biotine, le supplément qui trompe la machine
La biotine, une vitamine du groupe B, est largement vendue en supplément, seule ou dans des multivitamines. Le besoin quotidien est d’environ 50 µg, mais certains produits et certains traitements en apportent de 5 à 30 mg, soit cent fois plus ou davantage.
À ces doses, elle perturbe les dosages qui reposent sur un couple de molécules, biotine et streptavidine, très utilisé par les fabricants de tests. Les résultats peuvent être faussement hauts ou faussement bas selon le test. Pour la thyroïde, cela peut donner des hormones faussement élevées et une TSH faussement basse, au point d’imiter une maladie de Basedow-Graves.
La parade est simple : une équipe d’endocrinologues rapporte la recommandation de suspendre la biotine au moins 24 heures avant un bilan thyroïdien, et plus longtemps pour certains dosages comme la thyroglobuline. Demandez au laboratoire le délai qui convient à vos analyses, et dites que vous en prenez.
Fer, vitamines et autres suppléments
Un supplément n’est pas neutre au prétexte qu’il se vend sans ordonnance, la biotine le montre. Votre pharmacien ou le laboratoire peuvent vous dire si un produit pose problème pour une analyse donnée.
Pour un supplément de fer avant un bilan du fer, demandez au laboratoire s’il faut le suspendre, et combien de jours avant : la réponse dépend de ce qui est mesuré. Les laboratoires OPTILAB du Bas-Saint-Laurent préfèrent d’ailleurs prélever le fer à jeun et avant 10 h. Pour le reste, ne suspendez rien sans avis, et notez tout ce que vous prenez.
Ce qu’il faut dire au centre de prélèvement
Apportez une liste ou une photo de vos contenants, suppléments compris. La recommandation européenne de prélèvement veineux, publiée en français, compte la préparation du patient parmi les points à vérifier avant le prélèvement, et ce que vous prenez en fait partie. Une pharmacienne canadienne le résume : pendant le jeûne, continuez vos médicaments, à moins que votre médecin ne vous ait dit le contraire.
Ce besoin d’information n’a rien d’accessoire. Dans une enquête menée auprès de patients à leur arrivée au laboratoire, plus de la moitié n’avaient reçu aucune consigne de préparation, et ils citaient le médecin prescripteur comme la source qu’ils préféraient. Le plus simple est donc de demander, au moment où la requête est remplie, s’il faut décaler quelque chose.
- Le nomCelui du médicament ou du supplément, tel qu’il figure sur le contenant.
- La doseLa quantité par prise et le nombre de prises par jour.
- La dernière priseLe jour et l’heure, surtout pour un traitement hormonal, un dosage de médicament ou un supplément.
- Les changements récentsUn traitement commencé, arrêté ou modifié dans les dernières semaines.
Si vous avez arrêté un traitement de vous-même
Dites-le au centre de prélèvement et au prescripteur plutôt que de le taire. Un résultat lu comme si vous aviez pris votre traitement, alors que non, induit davantage en erreur qu’un résultat accompagné d’une note.
Et si une valeur sort de l’intervalle, n’accusez pas tout de suite votre traitement, ni l’inverse. Les intervalles de référence sont ainsi faits qu’environ une personne en bonne santé sur vingt a un résultat hors de l’intervalle de référence pour une analyse donnée. C’est à votre médecin de faire la part des choses, avec votre liste de médicaments sous les yeux.
