Le bilan thyroïdien en cascade : la TSH d’abord

Un bilan thyroïdien peut être demandé de deux façons. En bilan complet, la TSH, la T4 et la T3 sont dosées d’emblée. En cascade, la TSH est dosée seule, et la T4 libre n’est ajoutée que si la TSH sort des limites du laboratoire. C’est cette seconde façon que privilégie l’INESSS au Québec.

L’INESSS l’a rappelé en septembre 2026 : la TSH est l’examen de première intention pour évaluer la thyroïde, et la T4 libre un examen de deuxième intention, réservé à une TSH anormale ou à des situations précises. Elle n’est pas indiquée pour un dépistage de routine chez une personne sans symptôme. Plusieurs formulaires de requête proposent d’ailleurs la T4 libre comme analyse « réflexe », déclenchée automatiquement par une TSH anormale.

La raison est simple : de petites variations de T4 libre entraînent de grandes variations de TSH, qui est donc le signal le plus sensible. Doser les trois hormones à chaque fois coûte cher sans rien apprendre de plus. Dans un hôpital de Toronto, près de deux dosages de T4 libre sur trois étaient faits alors que la TSH était normale; le passage à la cascade a réduit ces dosages de 34 %. Au Québec, 605 358 dosages de T4 libre ont encore été réalisés en 2025.

605 358
Dosages de T4 libre réalisés au Québec en 2025, selon l’INESSS.[1]
−34 %
Baisse des dosages de T4 libre après le passage à la cascade, dans un hôpital de Toronto.[6]

La TSH fonctionne à l’envers, comme un thermostat

La TSH n’est pas fabriquée par la thyroïde, mais par l’hypophyse, une petite glande à la base du cerveau. Elle fonctionne comme un thermostat : quand la pièce est froide, le thermostat pousse le chauffage; quand l’hypophyse perçoit trop peu d’hormones thyroïdiennes, elle sécrète plus de TSH pour pousser la thyroïde à travailler. Quand les hormones sont trop abondantes, elle coupe presque complètement la TSH.

La conséquence prend presque tout le monde à contre-pied : une TSH élevée oriente vers une thyroïde qui fonctionne au ralenti, une TSH basse vers une thyroïde qui s’emballe. Au Canada, la TSH est rendue en mUI/L et la T4 libre en pmol/L.

  1. TSHLe signal envoyé par l’hypophyse. Haute si la thyroïde est paresseuse, basse si elle en fait trop.
  2. T4 libreL’hormone produite par la thyroïde, sous sa forme disponible. Elle précise ce que la TSH suggère.
  3. T3 libreLa forme la plus active, dosée seulement dans des situations particulières.
  4. Anticorps anti-TPOIls cherchent une cause auto-immune quand une TSH élevée est confirmée.

Quel est le taux de TSH inquiétant?

Il n’y a pas de chiffre unique, parce qu’une TSH isolée ne suffit pas. Une première TSH élevée se confirme par un second dosage : les recommandations européennes conseillent de refaire la TSH et la T4 libre, avec les anticorps anti-TPO, idéalement deux à trois mois plus tard.

Elles distinguent ensuite une TSH modérément élevée, entre 4 et 10 mUI/L, et une TSH au-dessus de 10 mUI/L, où un traitement est en général proposé avant 65 à 70 ans. Chez les personnes âgées, les intervalles devraient tenir compte de l’âge : une TSH un peu haute y est souvent sans conséquence.

Une TSH sous l’intervalle n’est pas le côté inoffensif de l’échelle : elle est associée à la fibrillation auriculaire et à l’ostéoporose, et se surveille aussi chez les personnes traitées. L’objectif d’un traitement est une TSH dans l’intervalle, pas aussi basse que possible.

4–10
TSH modérément élevée, en mUI/L : la zone où la décision dépend de l’âge et des symptômes.[7]
2–3 mois
Délai conseillé avant de refaire TSH, T4 libre et anticorps après une première TSH élevée.[7]

TSH élevée, T4 libre normale : le cas fréquent

Cette combinaison porte un nom, l’hypothyroïdie infraclinique (ou subclinique), et elle est bien plus fréquente que la forme franche. Elle signifie que l’hypophyse pousse plus fort alors que l’hormone reste dans son intervalle.

Faut-il la traiter? De moins en moins souvent. Une recommandation internationale publiée en 2019, appuyée sur 21 essais et 2 192 participants, déconseille fortement les hormones thyroïdiennes chez la plupart des adultes dans cette situation : elles n’amélioraient ni la qualité de vie, ni la fatigue, ni le poids. Elle ne vise pas les femmes qui souhaitent une grossesse ni les TSH au-dessus de 20 mUI/L. Une revue de 2023 arrive à la même prudence : la décision se prend selon l’âge, le niveau de TSH, les symptômes et les autres maladies, plutôt que d’après le chiffre seul.

Si un traitement est essayé pour des symptômes peut-être thyroïdiens et qu’aucun bénéfice ne suit, son arrêt mérite d’être discuté avec votre médecin.

Pourquoi une même personne obtient des TSH différentes

La TSH suit un rythme marqué sur la journée : plus haute tôt le matin, nettement plus basse l’après-midi et le soir. Selon une étude de 2024, cet écart au sein d’une même journée dépasse celui qui sépare les méthodes de mesure entre elles. Un prélèvement à 8 h et un autre à 16 h ne sont donc pas directement comparables.

Plusieurs médicaments déplacent le tableau : l’INESSS cite l’amiodarone, certains antagonistes de la dopamine et les immunothérapies du cancer, qui justifient parfois une T4 libre malgré la cascade. La grossesse modifie aussi la T4 libre. Enfin, certains facteurs faussent la mesure sans aucun trouble de la thyroïde, comme la biotine à forte dose, présente dans certains suppléments, ou une maladie grave, pendant laquelle aucune méthode de T4 libre n’est totalement fiable.

Faut-il être à jeun pour un bilan thyroïdien?

Le jeûne compte moins que l’heure. Le conseil le plus utile est de garder les mêmes conditions d’un contrôle à l’autre : même heure, de préférence le matin, et si possible même laboratoire. Si la même requête demande aussi une glycémie à jeun, c’est elle qui impose de venir sans avoir déjeuné.

Si vous prenez de la biotine, dites-le au centre de prélèvement et demandez s’il faut l’interrompre avant la prise de sang. Si vous êtes traité par lévothyroxine, demandez à votre médecin s’il faut prendre le comprimé avant ou après le prélèvement, puis gardez la même habitude. Pour le suivi de ce traitement, c’est la TSH qui guide la dose : la Société canadienne d’endocrinologie et métabolisme déconseille d’ajuster la lévothyroxine d’après la T4 ou la T3 libre.