Ce que disent H et L
Sur une feuille de résultats, H (de l’anglais high) signifie que la valeur dépasse la borne haute de l’intervalle de référence imprimé sur la même ligne; L (low), qu’elle passe sous la borne basse. Au Québec, certains systèmes de laboratoire écrivent plutôt É pour élevé et B pour bas, et d’autres ajoutent un astérisque. C’est une comparaison entre deux nombres, faite automatiquement, pas un avis médical sur votre santé.
Le Carnet santé Québec, lui, affiche des mots : « élevé », « bas » ou « anormal ». Son aide en ligne précise qu’un tel indicateur ne signifie pas forcément que vous avez un problème de santé, puisque l’âge, le sexe et d’autres facteurs influencent les résultats.
L’indicateur connaît votre valeur et l’intervalle. Il ne connaît ni vos médicaments, ni votre jeûne avant la prise de sang, ni le tabac, ni la raison de la requête. Un médecin qui lit la même ligne apporte tout ce que la comparaison automatique n’avait pas.
Les formes que prend l’indicateur
L’indicateur n’a pas de forme imposée. Chaque laboratoire et chaque logiciel choisit sa convention, et toutes encodent la même comparaison à l’intervalle imprimé.
Aucune de ces conventions n’a plus d’autorité qu’une autre. Ce qui change vraiment la donne, c’est un appel du laboratoire ou de votre clinique : il signale un résultat critique, traité par un circuit à part.
- H ou L, É ou BLa lettre donne une seule information : le sens de l’écart, au-dessus ou en dessous de l’intervalle.
- « Élevé », « bas », « anormal »Ce sont les mots du Carnet santé Québec. Ils disent qu’un résultat sort de ce qui est attendu pour cette analyse, rien de plus.
- Astérisque ou grasUn astérisque, un chiffre en gras ou en couleur dit la même chose qu’une lettre. La couleur ne mesure pas la gravité.
- Rien du toutCertaines feuilles ne marquent aucune valeur. Il faut alors comparer soi-même chaque résultat à son intervalle, ligne par ligne.
L’indicateur ne dit rien de la distance
C’est la chose la plus utile à comprendre. Une valeur qui dépasse la borne d’une unité et une valeur qui la dépasse de dix fois reçoivent le même H. Des plaquettes à 145 pour un plancher à 150 et des plaquettes à 40 portent le même L; une ALT à 52 U/L pour un plafond à 50 et une ALT à 400 portent le même H.
Une revue consacrée à l’histoire des intervalles de référence le souligne : réduire un résultat à « dedans » ou « dehors » fait perdre l’information sur son éloignement de la borne, sur l’incertitude de la mesure et sur la probabilité réelle d’une maladie chez la personne testée.
Quand l’indicateur suit un seuil, pas une fourchette
Pour quelques lignes, l’indicateur ne compare pas votre valeur à des personnes en bonne santé, mais à un seuil de risque. Le comité international chargé des intervalles de référence distingue clairement les deux : l’intervalle décrit une population en bonne santé, le seuil de décision est lié à un risque de maladie, comme pour les lipides, la glycémie ou l’HbA1c.
Le cholestérol en est l’exemple le plus courant. La Société canadienne des clinico-chimistes a proposé en 2022 une présentation commune des bilans lipidiques, qui signale les résultats d’après les seuils de traitement des lignes directrices canadiennes, et non d’après une fourchette de population. Ces lignes directrices recommandent une statine à partir d’un LDL de 5 mmol/L; en dessous, c’est votre médecin qui fixe votre cible selon votre risque cardiovasculaire.
Un résultat signalé est-il forcément anormal?
Non. Il est hors intervalle, ce qui n’est pas la même chose. Chaque intervalle laisse dehors cinq personnes en bonne santé sur cent, si bien qu’un bilan sanguin complet chez quelqu’un qui va bien porte souvent au moins un H ou un L. Une revue de médecine familiale parue en 2025 note que les petits écarts marqués « élevé » ou « bas » inquiètent les patients sans raison.
Cette inquiétude se mesure. Dans une enquête auprès de 8 139 patients qui consultaient leurs résultats en ligne, 16,5 % de ceux qui avaient un résultat anormal disaient que le découvrir avant d’en parler à un soignant les avait inquiétés davantage, contre 5 % quand tout était normal. Une lettre en marge pèse souvent plus lourd sur le moral que sur le diagnostic.
Quand l’indicateur devient un appel
Il existe un second niveau, qui ne passe pas par la feuille. Les laboratoires doivent communiquer sans délai au médecin les résultats qui indiquent un risque critique, en général par téléphone. Une revue systématique sur ces seuils d’alerte montre qu’il n’existe pas de liste universelle; au Québec, la grappe OPTILAB Montréal-CHUM a ainsi aligné en 2025 ses valeurs critiques de biochimie sur des valeurs provinciales publiées peu avant.
Si personne ne vous a joint et que votre feuille ne porte qu’un H ou un L, vous n’êtes en principe pas dans ce circuit d’urgence. Si l’on vous a appelé, ou si vous avez des symptômes qui vous inquiètent, n’attendez pas de voir le résultat dans le Carnet santé pour communiquer avec votre médecin.
Ce qu’un indicateur gagnerait à dire
La revue de 2025 propose que les résultats aillent plus loin qu’une lettre et disent leur portée en clair : aucune inquiétude immédiate, à évoquer au prochain rendez-vous, ou communiquez avec votre médecin. Tant que ce n’est pas écrit, gardez trois questions pour votre médecin : de combien je sors, est-ce cohérent avec mes autres lignes, et faut-il contrôler?
