Ce que prévoit la loi

Les examens obligatoires de grossesse sont au nombre de sept pour une grossesse menée à terme. Le premier a lieu avant la fin du troisième mois, les suivants chaque mois à partir du quatrième mois et jusqu’à l’accouchement. Chacun comporte un examen clinique et une recherche d’albumine et de sucre dans les urines.

Le Code de la santé publique précise ensuite quelles prises de sang s’ajoutent, et à quel moment. Ces examens sont pris en charge par l’Assurance maladie. Votre sage-femme ou votre médecin peut en prescrire d’autres selon votre situation : un bilan martial si une anémie apparaît, un bilan thyroïdien si vous avez des antécédents, par exemple.

MomentPrises de sang prévuesCe qu’elles cherchent
Avant la fin du 3e moisGroupe sanguin (A, B, O, rhésus complet et Kell) si première grossesse ; recherche d’anticorps irréguliers ; syphilis, rubéole, toxoplasmosePréparer une éventuelle transfusion, repérer une incompatibilité avec le bébé, connaître vos immunités
Avant 10 semaines (recommandation HAS)Antigène HBs, VIH proposéRepérer une hépatite B ou une infection transmissible au bébé
Chaque mois dès le 4e moisSérologie de la toxoplasmose si vous n’êtes pas immuniséeDétecter une contamination pendant la grossesse
6e moisNumération globulaire ; antigène HBs ; anticorps irréguliers si rhésus négatifAnémie, plaquettes, hépatite B
8e et 9e moisDeuxième groupe sanguin si nécessaire ; anticorps irréguliers si rhésus négatif ou transfusion passéeSécuriser l’accouchement

Le premier trimestre : le bilan le plus long

La première prise de sang est souvent la plus chargée. La détermination du groupe sanguin n’est faite que si vous n’avez pas déjà une carte de groupe complète avec deux déterminations. Les sérologies de la syphilis, de la rubéole et de la toxoplasmose ne sont demandées que si aucun résultat écrit ne prouve déjà votre immunité : gardez vos anciens comptes-rendus.

Depuis sa mise à jour de mai 2016, la Haute Autorité de santé recommande de rechercher l’antigène HBs dès la première consultation, avant 10 semaines d’aménorrhée. Si vous avez un facteur de risque de diabète, une glycémie à jeun peut aussi être prescrite à ce moment-là : le seuil retenu en France est 0,92 g/L, bien plus bas que celui du diabète hors grossesse.

Le dépistage de la trisomie 21

Le dépistage combiné du premier trimestre associe la mesure de la clarté nucale à l’échographie, entre 11 et 13 semaines et 6 jours d’aménorrhée, au dosage de marqueurs sériques dans votre sang, et à votre âge. Il donne un niveau de risque, pas un diagnostic. Il est proposé, jamais obligatoire. Pour situer les chiffres : selon la HAS, la trisomie 21 concerne en moyenne 27 grossesses sur 10 000 en France, et sa fréquence augmente avec l’âge de la mère.

Selon les recommandations de la HAS de 2017, un test sur l’ADN libre circulant dans le sang maternel est proposé quand le risque se situe entre 1/1 000 et 1/51 ; à partir de 1/50, un caryotype fœtal peut être proposé d’emblée. Ce test ne remplace pas le caryotype pour confirmer un diagnostic.

Au sixième mois : le dépistage du diabète gestationnel

Si vous avez un facteur de risque (35 ans ou plus, surpoids, diabète chez un parent proche, diabète gestationnel ou bébé de plus de 4 kg lors d’une grossesse précédente), une prise de sang particulière s’ajoute entre 24 et 28 semaines d’aménorrhée : l’hyperglycémie provoquée par voie orale. Vous buvez 75 g de sucre, puis trois glycémies sont mesurées en deux heures.

Ce n’est pas un examen obligatoire au sens du Code de la santé publique, mais une recommandation des sociétés savantes françaises. Son déroulé, ses seuils et ce que veut dire un résultat positif sont détaillés dans notre article sur le test du diabète gestationnel.

Les valeurs qui changent quand on est enceinte

Pendant la grossesse, le volume de plasma augmente plus vite que le nombre de globules rouges : l’hémoglobine se dilue. Les seuils d’anémie sont donc plus bas que chez une femme non enceinte, et différents selon le trimestre. Le bulletin de l’ACOG retient moins de 11 g/dL au premier et au troisième trimestre, moins de 10,5 g/dL au deuxième. La numération formule sanguine du 6e mois sert surtout à repérer une anémie par manque de fer.

Les plaquettes peuvent baisser : une thrombopénie survient chez 5 à 10 % des femmes pendant la grossesse ou juste après, le plus souvent sans conséquence. Les globules blancs montent souvent au-dessus des repères habituels de l’adulte. Quant à la TSH, elle baisse au premier trimestre sous l’effet de l’hormone de grossesse ; sans intervalle propre à la grossesse, l’American Thyroid Association propose une borne haute d’environ 4,0 mUI/L.

  1. HémoglobineDiluée par l’augmentation du plasma : une valeur légèrement basse peut être normale pour le trimestre.
  2. PlaquettesUne baisse modérée est fréquente ; une baisse forte ou rapide est toujours vérifiée.
  3. Globules blancsSouvent plus élevés que les repères de l’adulte, sans infection.
  4. TSHPlus basse au premier trimestre ; les intervalles hors grossesse ne s’appliquent pas tels quels.

Comment lire votre compte-rendu

Une revue publiée en 2025 dans Clinical Chemistry rappelle que les laboratoires n’impriment pas encore systématiquement des intervalles propres à la grossesse. Lire vos résultats face aux intervalles de référence d’une femme non enceinte peut donc faire signaler à tort une valeur normale pour votre terme.

En dehors de la grossesse, les repères changent aussi selon l’âge et le sexe : la page sur les valeurs selon l’âge et le sexe les détaille. Pendant la grossesse, le plus utile reste de comparer vos comptes-rendus successifs, faits si possible dans le même laboratoire : une hémoglobine qui baisse d’un contrôle à l’autre dit plus qu’une valeur isolée.

Les sérologies se lisent autrement : « IgG positives, IgM négatives » pour la toxoplasmose ou la rubéole signifie en général une immunité ancienne, ce qui est rassurant. Une recherche d’anticorps irréguliers « négative » est le résultat attendu. Pour tout le reste, la décision revient à la personne qui suit votre grossesse.