La règle : une prescription d’un professionnel autorisé

Au Québec, une prise de sang se fait sur prescription d’un professionnel autorisé, au public comme au privé. Des cliniques le disent noir sur blanc : un prélèvement sanguin doit obligatoirement être prescrit, et elles ne peuvent pas en faire un sans requête. Le prescripteur est le plus souvent un médecin ou une infirmière praticienne spécialisée (IPS); certaines infirmières ont aussi un droit de prescription pour des situations précises.

Cette exigence a une raison pratique : la requête porte la question clinique et le nom de la personne qui recevra le résultat. Dans le réseau public, une requête à laquelle il manque des renseignements, dont les renseignements cliniques utiles à l’interprétation, est refusée, et le prélèvement n’est pas fait.

Ce que vendent les cliniques « sans requête »

Les cliniques qui annoncent des analyses sans requête ne contournent pas la règle : elles fournissent la prescription. Deux formules reviennent. Le forfait d’analyses « requête incluse », où un professionnel de la clinique signe la requête pour les lignes du forfait. Et la consultation rapide, avec un médecin ou une IPS, qui évalue votre demande et rédige la requête dans la même visite.

Une clinique de Mont-Royal affiche ainsi un bilan de santé général à 529 $, prescription comprise, et une consultation privée à 199 $ quand l’analyse voulue demande une ordonnance qu’on n’a pas. Le prélèvement et les analyses restent facturés au privé, sans remboursement de la RAMQ.

Les tests rapides, une autre chose

Une troisième offre se présente comme « sans prescription » : les tests rapides faits sur place, avec une goutte de sang au bout du doigt et un appareil portatif. Une clinique affiche l’hémoglobine glyquée à 90 $ et le cholestérol à 95 $, résultat en moins de 15 minutes.

Ces tests répondent à une question étroite, avec un appareil différent de celui d’un laboratoire. Un chiffre obtenu ainsi se compare mal à vos bilans précédents, faits avec une autre méthode et d’autres intervalles. Ils peuvent servir de repère, rarement de réponse.

  1. Forfait « requête incluse »La clinique prescrit les lignes de son forfait; vous payez le prélèvement et les analyses.
  2. Consultation rapideUn médecin ou une IPS évalue votre demande et rédige une requête ciblée, facturée en plus.
  3. Test rapide sur placeUne goutte au bout du doigt, résultat en minutes, pour une ou deux valeurs seulement.
  4. PharmacienIl peut prescrire une analyse pour surveiller un médicament, jamais pour poser un diagnostic.

Et le pharmacien?

Le pharmacien peut prescrire toute analyse de laboratoire nécessaire à la surveillance d’un traitement médicamenteux : un dosage du potassium pour un diurétique, par exemple. Il doit d’abord vérifier qu’un résultat du même type n’est pas déjà disponible, puis il reçoit, interprète et suit le résultat.

La limite est nette : il ne prescrit pas d’analyse à des fins de diagnostic. Le pharmacien n’est donc pas la porte d’entrée d’un bilan général, mais il peut vous éviter un rendez-vous quand il s’agit de surveiller un médicament que vous prenez déjà.

Ce qu’il est raisonnable de demander soi-même

Suivre une valeur que vous connaissez déjà est le cas le plus solide. Si un résultat a déjà été contrôlé et que vous voulez savoir où il en est, vous avez les deux choses qui manquent d’ordinaire à une analyse demandée seul : une raison, et un résultat précédent auquel comparer.

Le cas le plus faible est le forfait de dépistage large. Les essais rassemblés sur les bilans de santé généraux chez l’adulte, plus de 250 000 participants, ne trouvent pas d’effet sur la mortalité totale, ni sur la mortalité par cancer ou par maladie cardiovasculaire. Dans la version précédente de la même revue, un essai relevait en revanche 20 % de nouveaux diagnostics de plus en six ans.

Une liste plus longue produit aussi plus de signalements. Pour chaque analyse, environ une personne en bonne santé sur vingt tombe hors de l’intervalle de référence, simplement à cause de la façon dont ces intervalles sont établis. Un signalement sans question derrière coûte de l’inquiétude et des rendez-vous sans rien vous apprendre.

Avant de payer

Si votre médecin vous a déjà prescrit ces analyses, même il y a longtemps, retrouvez la requête : au Québec, elle ne périme pas d’elle-même, et elle vous ouvre le réseau public, sans facture d’analyse. Voyez combien de temps une requête reste valide.

Sinon, demandez à la clinique la liste des analyses réellement faites, le prix de chacune, et qui lira le résultat. Un nom de forfait n’est pas une liste, et une requête signée par un professionnel que vous ne reverrez pas ne remplace pas un suivi.

Que faire du résultat

Au privé, le résultat arrive souvent vite, parfois directement dans votre courriel. Portez-le à un médecin si quelque chose est signalé, avec la raison pour laquelle vous l’avez demandé : un résultat sans question attachée est le plus difficile à exploiter.

Et lisez les intervalles comme sur n’importe quelle feuille de résultats : ils appartiennent à ce laboratoire et à sa méthode, et une valeur légèrement en dehors est banale chez des gens en parfaite santé. Ce qui compte, c’est l’ampleur de l’écart, son sens, et son évolution d’un bilan à l’autre.