Le bilan complet n’est pas un examen standard
« Bilan sanguin complet » est une expression commerciale plus qu’un examen défini. Ce que les laboratoires réalisent est un empilement de petits bilans choisis par le prescripteur : une NFS, un ionogramme, parfois les lipides, le foie, les reins, la thyroïde ou le bilan martial. Deux personnes avec la même mention sur leur ordonnance peuvent repartir avec un compte-rendu de huit lignes et un autre de trente-cinq.
Cela change la façon de le lire. Votre compte-rendu n’est pas une liste de trente-cinq verdicts indépendants. C’est une poignée de petits groupes, et à l’intérieur de chaque groupe les lignes sont faites pour être interprétées les unes par rapport aux autres.
Ce qui figure habituellement sur la feuille
Les bilans ci-dessous couvrent la grande majorité des ordonnances courantes. Chacun a sa page ici, qui explique ce que le groupe mesure et dans quel ordre ses lignes se lisent.
| Bilan | Lignes | Ce qu’il regarde |
|---|---|---|
| NFS | 8–12 | Globules rouges, blancs, plaquettes et les indices érythrocytaires |
| Ionogramme | 8–14 | Glycémie, électrolytes, fonction rénale, parfois calcium et protéines |
| Bilan lipidique | 4–5 | Cholestérol total, LDL, HDL, triglycérides |
| Bilan hépatique | 5–7 | ALAT, ASAT, gamma-GT, PAL, bilirubine, albumine |
| Bilan rénal | 3–5 | Créatinine, DFG estimé, urée, électrolytes |
| Bilan thyroïdien | 1–3 | TSH, puis T4 libre ou T3 libre si indiqué |
| Bilan martial | 3–4 | Ferritine, fer sérique, saturation de la transferrine |
Le lire par groupes, pas de haut en bas
L’ordre utile n’est pas celui imprimé sur la page. Commencez par la raison de la prescription : si c’était une fatigue, la NFS et le bilan martial portent la réponse, et un calcium légèrement bizarre est du bruit. Lisez ensuite chaque groupe comme un tout : l’hémoglobine avec le VGM et la ferritine, les ALAT avec les ASAT et les gamma-GT, la créatinine avec le DFG et votre hydratation.
Ce n’est qu’après qu’on regarde les lignes signalées, en se demandant de combien elles sortent plutôt que si elles sortent. Une ferritine à 28 pour un plancher à 30 et une ferritine à 4 impriment le même L.
Enfin, comparez avec votre compte-rendu précédent si vous en avez un. Une valeur qui a dérivé régulièrement à l’intérieur de son intervalle sur trois ans peut porter plus d’information qu’un résultat signalé une seule fois.
Ce qu’un bilan complet ne fait pas
Un bilan courant n’est pas un dépistage du cancer, ne recherche pas la plupart des infections, ne contient ni vitamine D ni B12 sauf si elles ont été demandées, et ne dit rien de votre cœur au-delà des lignes lipidiques. Sa fonction est de décrire le comportement de quelques grands systèmes aujourd’hui.
Et aujourd’hui seulement. Un bilan isolé est une photographie, pas un film. L’essentiel de ce qu’un médecin y lit vient de la comparaison avec le précédent, ou avec la raison qui vous a envoyé au laboratoire.
Un check-up complet sert-il vraiment à quelque chose ?
C’est le seul endroit de cette page où la preuve est nette, et elle prend l’intuition à contre-pied. Une revue systématique Cochrane a rassemblé 17 essais randomisés et 251 891 participants pour savoir si proposer des bilans de santé généraux à des adultes réduit la maladie ou la mortalité. Elle ne trouve aucun effet sur la mortalité totale, sur la mortalité par cancer ni sur les maladies cardiaques, avec un niveau de preuve élevé. Sa conclusion est sans détour : les bilans de santé généraux n’ont probablement pas de bénéfice.
Ce qu’ils produisent, en revanche, ce sont des diagnostics. Dans l’un des essais, les personnes à qui l’on proposait ces bilans ont accumulé 20 % de diagnostics nouveaux de plus en six ans que les autres, et davantage de maladies chroniques déclarées. Une étiquette est arrivée ; l’évolution, elle, n’a pas changé.
Lisez bien la portée de ce résultat, parce qu’elle est étroite et qu’elle compte. Il concerne le dépistage d’adultes sans symptôme, sur plusieurs systèmes à la fois. Il ne dit rien d’un examen prescrit par votre médecin pour une raison précise, rien du suivi d’une maladie que vous avez déjà, rien de l’exploration d’un symptôme. Ce ne sont pas des check-up : ce sont des questions auxquelles une réponse est attachée, et elles gardent tout leur intérêt.
La version pratique, avant de payer une liste plus longue chez un prestataire privé : une liste plus longue n’est pas une réponse plus large. Chaque ligne supplémentaire ajoute une chance de plus d’obtenir un signalement sans question derrière, et un signalement sans question derrière vous coûte de l’inquiétude, des rendez-vous et parfois d’autres examens, sans rien vous apprendre sur votre santé.