Les enzymes ne sont pas un test de fonction

Les ALAT, les ASAT, les gamma-GT et les phosphatases alcalines sont des enzymes qui vivent à l’intérieur des cellules du foie ou dans les voies biliaires. Quand ces cellules sont irritées, une partie de l’enzyme passe dans le sang et le chiffre monte. C’est un signal d’irritation, pas une mesure de la qualité du travail de l’organe.

Les lignes qui décrivent vraiment la fonction sont plus bas : l’albumine, que le foie fabrique, et les chiffres de coagulation, qui dépendent de protéines fabriquées par le foie. Un bilan avec des enzymes élevées et une albumine normale dit tout autre chose qu’un bilan avec des enzymes normales et une albumine basse.

Cette distinction explique une surprise fréquente. On peut avoir des ALAT légèrement élevées avec un foie qui fonctionne parfaitement, et le compte-rendu ne se contredit pas.

Pourquoi les gamma-GT sont la ligne la plus mal lue

Les gamma-GT ont une réputation de test d’alcool. Elles n’en sont pas un. Une revue des marqueurs de consommation est explicite : les dosages d’enzymes hépatiques manquent de spécificité vis-à-vis de l’éthanol, raison pour laquelle plusieurs autres examens sont nécessaires pour démêler les causes concurrentes.

Le surpoids est une cause de plus en plus fréquente d’enzymes élevées à lui seul, et la même revue note que l’activité des ALAT et des gamma-GT suit aussi l’insulinorésistance et le syndrome métabolique, et prédit même des évolutions sans rapport avec le foie. Une étude cherchant précisément un marqueur de consommation a trouvé les gamma-GT influencées par plusieurs facteurs à la fois, alors qu’un marqueur spécialisé, la transferrine déficiente en carbohydrates, suivait la consommation indépendamment de l’atteinte hépatique.

Des gamma-GT élevées signifient donc que quelque chose fait travailler votre foie. L’alcool est une hypothèse ; le poids, plusieurs médicaments, un obstacle biliaire et la stéatose en sont d’autres.

Comment les lignes se lisent ensemble

Les ALAT et les ASAT se lisent en couple, et leur rapport porte une information qu’aucune des deux ne porte seule. Les gamma-GT se lisent à côté des phosphatases alcalines : quand les deux montent ensemble, l’attention se déplace vers les voies biliaires plutôt que vers les cellules du foie.

La bilirubine se lit avec le reste du bilan et avec une NFS, parce qu’elle monte aussi quand les globules rouges se détruisent plus vite que d’habitude, ce qui n’a rien à voir avec un foie abîmé.

Et chacune de ces lignes se lit en fonction de ce que vous faisiez : un repas très gras, un effort intense, une infection virale récente et plusieurs médicaments courants les déplacent tous.

Que faire d’une enzyme légèrement élevée

Les élévations modérées sont fréquentes et souvent passagères. L’étape suivante habituelle n’est pas une échographie mais un contrôle quelques semaines plus tard, en écartant entre-temps les contributeurs évidents.

Ce qui compte, c’est le profil et l’évolution : quelles enzymes ont monté, dans quelle proportion l’une par rapport à l’autre, et si la même image persiste sur le second prélèvement.